Concertation : un vrai forum régional

Written by Olivier Rigaud. Posted in SOCIETE

Budget participatif à Orléans, ateliers de travail urbain à saint-Jean-de-Braye, concertation autour de la mobilité douce à Beaugency ou de l'agenda 21 à Cléry-Saint-André, les collectivités de toutes tailles montrent de réels efforts de transformation de la manière de faire de la politique, de gérer la vie de la cité. La Région Centre - Val de Loire modifie elle-aussi profondément sa façon de faire, à travers la mise en place d'un dispositif de démocratie permanente extrêmement vertueux.

Après le lancement du Lab' des initiatives, l’Hôtel de région s’est transformé jeudi 15 février en une sorte de vaste agora, à l’occasion de l’Atelier 360° du bassin de vie d’Orléans, organisé dans le cadre de la Grande concertation sur le Schéma Régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, dit aussi SRADDET.

Il faut reconnaître à la région d’user ici d’une méthode réellement citoyenne, moderne et anti technocratique pour nourrir une réflexion majeure pour tous les habitants du territoire, résumée par Philippe Fournié, vice-président de la Région délégué aux transports et à l’intermodalité : « C’est une démarche vraiment participative. On vous demande de partir d’une feuille blanche pour recueillir vos idées. »

Ainsi, les citoyens sont-ils invités depuis quelques semaines, à travers 80 réunions et 19 ateliers, à faire part de leurs avis sur l’avenir d’une région forte de son agriculture (les oléagineux ou le blé), de son industrie (cosmétique, pharmaceutique ou de l’armement), ou du tourisme (nature et culture), mais préoccupée par la polarisation de l’emploi sur l’axe ligérien (problématique de mobilités), confrontée au vieillissement de sa population et à des déséquilibres sociodémographiques (dépeuplement de l’Indre et du Cher, paupérisation d’espaces périurbains), à la diminution de ses terres agricoles ou sous la menace de l’altération de ses nappes phréatiques.

De vastes défis qui nécessitent, pour les relever, « d’avoir de l’imagination », d’après le président du Conseil économique, social et environnemental régional, Éric Chevée. Pour François Bonneau, président de la région Centre - Val de Loire, il s’agit de voir « ce que nous sommes capables de faire ensemble » Et d’insister sur l’indispensable solidarité des territoires entre la ruralité et les métropoles, « moteurs de développement ».

La Région a donc choisi de mener l’élaboration de ce Schéma dans la concertation avec le plus grand nombre, dans chaque bassin de vie, pour échanger avec les acteurs et les habitants et proposer, à terme, une vision partagée à 360°. Des synthèses de chaque atelier, puis de l’ensemble de la concertation seront produites et diffusées sur www.democratie-permanente.fr

Souhaitons que cette démarche vertueuse malgré les petits défauts de fonctionnement (chaque participant a une tendance naturelle à revenir vers ses préoccupations et compétences individuelles) qu’elle comporte soit pleinement poursuivie dans les faits. Cela contribuerait à rétablir une relation de confiance entre le politique et le citoyen, acteurs qui n’auraient jamais dû tant s’éloigner l’un de l’autre dans la vie de la cité. Quand le premier écoute et partage son pouvoir et que le second réinvestit le champ de la responsabilité, quand chacun s’engage avec sincérité, l’espoir est permis d’améliorer quelque peu notre monde, du moins notre bassin de vie régional.


 

Pour mieux saisir la pertinence de cette concertation, j’ai participé à l’un des ateliers proposés jeudi soir, consacré à l’aménagement durable, aux défis environnementaux : comment à la fois préserver et valoriser nos ressources naturelles, quelles solutions mettre en place pour atténuer et s’adapter au changement climatique ? Parmi les thèmes évoqués, biodiversité, énergie, écoconstruction, réduction des émissions de gaz à effet de serre, anticipation du changement climatique, mon groupe s’est particulièrement attardé sur la ressource eau.

La présence de Myriam Laidet, affectée à la gestion territoriale de la mission Val de Loire qui travaille justement sur un dispositif intitulé « Habiter l’eau », de Nicolas Gérard-Camphuis, directeur Centre Loire à l’agence Loire Bretagne, et d’Éric Javoy, agriculteur de Cléry-Saint-André (cerises, poires, céréales...), conférait une réelle compétence sur ce thème à notre table. Nous avons abordé les idées de la gestion et du stockage de l’eau (réserves solidaires...), les usages agricoles (pratiques vertueuses en circuits courts, pompages raisonnés...) ou le principe d’un rapprochement des acteurs concernés à travers une maison de l’alimentation.

Myriam Laidet a en effet commencé par s’inquiéter du niveau de la rivière du Loiret dont les nappes phréatiques qui l’alimentent semblent s’épuiser. Éric Javoy a témoigné des évolutions de son métier, qui utilise beaucoup plus raisonnablement cette ressources, réglant les arrosages au millimètre près désormais. Ne pourrait-on pas stocker les eaux pluviales pour en disposer aux périodes de sécheresse afin de moins puiser dans les nappes ? Nicolas Gérard-Camphuis a expliqué cela se faisait déjà autour de la Loire mais que de tels projets déclinés localement étaient extrêmement coûteux et devaient dans une démarche territoriale de solidarités.

Il est revenu sur le problème de qualité des eaux, dont les industries cosmétique ou d’embouteillage dépendent. D’une part, il estime que les agriculteurs pourraient être incités à adopter des pratiques toujours plus vertueuses à condition qu’ils y trouvent un intérêt économique, et d’autre part, il a précisé que cette qualité de l’eau était également menacée par les écoulements insuffisants de nombreux cours mal entretenus.

Chaque participant s’est montré pleinement conscient de la complexité de la tâche, notamment pur ce qui touche à l’alimentation. Nourrir le monde entier, pourquoi pas, mais à quel prix s’interrogeait, Pascal Martin président d’1-Terre-Actions, association qui collecte et recycle des vélos à Orléans. Nourrir localement, pourquoi pas, mais à quel coût et pour quel bénéfice, lui a rétorqué Éric Javoy, inquiet de la viabilité économique de nombreuses exploitations converties en bio.

Pour soutenir les efforts des producteurs, une personne qui représentait l’interprofessionnelle de la restauration collective a rêvé d’une maison de l’alimentation, où se rencontreraient ceux qui achètent et ceux qui vendent « dans une dynamique collective », où se réuniraient les acteurs, les associations autour d’un projet alimentaire territorial. « Il est temps de remettre en question nos modes de vie et de consommation », a ajouté Pascal Martin : « On est au bord d’un changement climatique inéluctable qu’il faut anticiper à travers des solutions de résilience, pour changer de modèle, produire de l’alimentation et de l’énergie localement, en circuits courts. »

Les points de vue se sont ainsi exprimés librement pendant une petite heure, tandis que l’un des membres de l’atelier remplissait une grille de restitution. La discussion s’est conclue autour de la méthanisation : comment territorialiser ce type de projet pour diversifier les intrants ? Comment avancer plus rapidement sur la réinjection des gaz ainsi produits dans les réseaux existants, sur des zones suffisamment importantes pour absorber de telles productions ? La question se pose à Chevilly où une interconnexion avec Chanteau est en projet, d’après le directeur territorial Loiret référent politiques énergétiques à GRDF, Patrick Lancelin.

Myriam Laidet espérait même que l’on puisse aller plus loin et exploiter les déchets des défrichements du lit de la Loire ou des peupleraies souvent abandonnées dans les chaufferies bio masse par exemple, dans un cercle absolument vertueux de production d’une énergie propre à partir d’une matière première disponible sur place.

Ce fut un véritable moment de partage d’expériences et de savoirs, qui complète les approches de nombreux autres ateliers qui se déroulaient sur ce même thème environnemental ou autour de l’attractivité du territoire, des équilibres de développement au sein de la région, des déplacements au quotidien ou encore de l’offre culturelle et sportive... Reste à la Région d’exploiter positivement tous ces débats : la concrétisation sera d’autant plus attendue que l’intention est éminemment louable.


 

La loi NOTRe du 7 août 2015 prévoit que les Régions se dotent d’un Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET). Ce schéma fixe les orientations d’aménagement du territoire et est désormais doté d’une portée normative.

Des enjeux majeurs

Affirmer la région dans son rôle de définitions d’orientations pour l’aménagement de son territoire, en la dotant d’un document de planification prescriptif.

Rationaliser le nombre de documents existants en intégrant plusieurs schémas sectoriels au sein du SRADDET, pour une meilleure coordination des politiques publiques régionales.

Le SRADDET impactera tous les domaines de l’aménagement du territoire : l’équilibre et l’égalité des territoires ; l’implantation des différentes infrastructures d’intérêt régional ; le désenclavement des territoires ruraux ; l’habitat ; la gestion économe de l’espace ; l’intermodalité et le développement des transports ; la maîtrise et la valorisation de l’énergie ; la lutte contre le changement climatique ; la pollution de l’air ; la protection et la restauration de la biodiversité ; la prévention et la gestion des déchets.