Dunois le bâtard d’Orléans au cœur de l’Histoire - Les seigneurs de Beaugency

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

Les seigneurs de Beaugency

Après le château de Villiers, dans l’Essonne, Xavier Lelevé acquiert via sa société civile immobilière celui de Meung-sur-Loire 2010. « La chapelle néo classique c’est lunaire. Je n’ai jamais vu ça ailleurs, constate-t-il. Il témoigne d’une société, les bains, la façade arrière, c’est aussi étrange que passionnant. » Après avoir insufflé un nouveau dynamisme dont toute la ville bénéficie par ricochet, il s’est positionné sur le rachat du château de Beaugency en 2013, alors détenu par le conseil général du Loiret. Après une période de travaux, ce logis seigneurial a enfin rouvert ses portes fin 2014 après une décennie d’oubli.

« On avait déjà beaucoup à construire à Meung-sur-Loire, mais Beaugency offrait une meilleure visibilité, analyse Xavier Lelevé. C’est dingue d’avoir deux châteaux à vendre en moins de 5 ans, en bord de Loire, à moins de 10 km de distance. Ça se tente ! 800 ans d’histoire, 600 ans à Beaugency, reprend-il. Si on laisse tomber ça... » La passion parle : « Un tel investissement à Meung, ce sera forcément à perte », affirme-t-il.

Mais, ensemble, il y a quelque chose à gagner : « Le territoire Beaugency - Meung - Cléry est un atout touristique avec la collégiale, la basilique, les jardins... Il donne un sens très fort aux touristes attirés par la nature, la Loire sauvage, le patrimoine, les produits de la terre, le Made in Loire »...

31 000 visiteurs sont  venus à Meung l’an dernier, et 20 000 à Beaugency. Un pass permet de découvrir les deux châteaux. Un passeport offre aussi des entrées et remises sur tout le territoire, « un territoire qui se crée plus vite sur le terrain qu’au niveau administratif », juge-t-il. Xavier Lelevé estime « l’offre actuelle en inadéquation avec notre mode de vie. Les quinquagénaires sont modernes, bougent, consomment, il faut les capter. Il y a un gros problème d’accueil alors que le client est devenu très exigeant. »

Et d’appeler de ses vœux la création d’une association qui rassemblerait les trois offices de tourisme de Beaugency, Meung et Cléry, un meilleur maillage des acteurs locaux du tourisme « pour s’adapter à un monde nouveau », des campagnes marketing pour soutenir le commerce des centre-bourg, une offre de visite globale, de visite, de restauration et d’hébergement.

À Meung, combien d’emplois peuvent être induits dans la restauration par exemple (ouverture des Petits instants et de l’Atelier de Jeanne à proximité) par le développement de la Loire à vélo et du château ? La rénovation des deux bâtiments a impliqué des entreprises du Loiret, comme Roc ou Lagarde, des artisans de Beaugency, Baule ou Meung, des tailleurs de pierre, des couvreurs... Elle représente environ 2 millions d’euros de travaux.

Aujourd’hui, le château de Beaugency propose une approche ludique et précise de la vie du moyen-âge. Les reconstitutions se basent sur de nombreux textes sur Dunois comme son « Livre d’heures », des témoignages permettant de retracer les travaux entrepris au fil du temps, les commandes de pierres ou de charpentes... On y trouve des meubles typiques comme les coffres, des tissus et des vêtements, des tables et miroirs, un baquet dans la chambre du seigneur, dans le respect des fonctions originelles des pièces. On y découvre la recette du hérisson ou la façon de se blanchir les dents avec de l’os broyé...

En se plongeant dans l’histoire de ce lieu, Xavier Lelevé a rencontré Jean d’Orléans, comte de Dunois : « Là, on est de plus en plus touché par ce personnage, reconnaît-il. Ce n’est pas un « barbu comme Xaintrailles. Dunois est déjà un lettré. » Il possédait de nombreux livres, annonciateur de la Renaissance. « C’est un homme profondément pieu, qui compte de nombreux fidèles autour de lui. Un personnage clef de la reconquête impulsée par Jeanne d’Arc, un grand guerrier, un diplomate important auprès de l’Italie ou de la Bretagne. »

« On vient voir ici un logis seigneurial du 15e siècle, promet Xavier Lelevé. On n’a pas l’ambition de faire aimer Dunois, mais de le faire connaître. Que l’on comprenne pourquoi une place, un collège ou une entreprise portent son nom dans l’Orléanais. On est au cœur de l’histoire de France. » Juste à côté, l’imposant donjon de l’an mille, actuellement propriété de l’État, pourrait judicieusement compléter un ensemble extraordinaire et prometteur, avec le château et l’abbatiale.

Olivier Rigaud

www.chateau-de-beaugency.com

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