Deux peintres sous les songes à l’atelier Couleur 136

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

A l’atelier Couleur 136, à Orléans, Béatrice Grebot et Leena Noux préparent activement « Sous les songes », exposition qui se tiendra du 16 au 25 février au château de Saint-Jean-le-Blanc, avec également Dominique De Joux et Virginie Pechard. Vernissage le 16 février à 18h30 et poèmes soufflés par Marie Cabreval sur une musique de Fred Brasset et Bruno Lesimple le 24 février à 18 heures. Rencontre.

 

 

LumiLeena : le château de neige sous les songes

Après avoir exposé avec entre autres les Anonymes, les Artistes Orléanais ou Libre expression, Leena Noux souhaitait offrir une présentation plus personnelle, montrer davantage de ses créations pour entraîner le public un plus loin dans son univers de formes abstraites, d’empattements et d’impressions. Un entre deux mondes plutôt, aux couleurs rares et inconnues, surgissant des entrailles de la toile, tapies parfois sous ses reliefs. Une lave rouge semble ainsi circuler sous une couche minérale, prête à envahir notre propre monde.

 

 

Ici, un vert glaçant paraît prendre sa revanche sur une planète à la dérive. Car la nature attend son heure, blessée, recroquevillée – comme ses « fleurs monstres » dont la « rose carnivore » - sous un contraste noir et blanc dominant, sous des formes trop parfaites pour être honnêtes - les boursouflures trahissent leurs blessures profondes ! Leena Noux voit un environnement modifié, dégradé par l’empreinte humaine.

 

Les châteaux de neige – sa série « Lumilinna » - qu’elle bâtissait dans son enfance en Finlande, comme on fait des châteaux de sable sur la plage, fondent plus vite et sont moins résistants aujourd’hui. Le climat change, le style du peintre aussi. Les mains tracent furieusement des vagues dans l’acrylique, creusent la masse. Parfois, la trace tremblante d’un fusain traverse l’ensemble. La neige recule, fond, s’écoule et disparaît. Que restera-t-il à la fin sinon l’absence de vie ? Il y a pourtant encore une étincelle quelque part, une lumière sous les songes, un espoir qui peine à s’épanouir, mais qui n’attend peut-être qu’un regard. Le vôtre.

 


 

En haut d’un escalier raide et rude comme ceux qui venaient autrefois y déposer du foin ou du grain, des visages fins et fragiles contemplent l’atelier de Béatrice Grebot. Toutes ses œuvres figurent l’humain, l’être derrière le masque, le sentiment sous le rêve. Des noir et blancs spécialement conçus pour l’exposition Sous les songes révèlent des personnes privées de parole : que veulent-elles nous dire ?

 

Racontent-elle une période pendant laquelle certains s’accaparent avec talent l’espace de l’expression au détriment des autres ? La peintre occupe délicatement le sien, d’espace, et sait transmettre son inquiétude, son acuité. Le geste est aussi spontané que l’intention, la main guidée par le cœur dessine des visages qui s’enchevêtrent, des visages qui se dissolvent. Comment exister dans cette multitude ? Des bois flottés viendront ajouter à cette figuration de notre quête existentielle : qui sommes-nous réellement, sous les songes ?

 

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