« L’alerte » Roger Toulouse

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

Peintre, dessinateur, illustrateur, sculpteur et poète, Roger Toulouse est né à Orléans le 19 février 1918. Pour marquer ce centenaire, l’association des Amis de Roger Toulouse et la Ville d’Orléans proposent une rétrospective regroupant une centaine d’œuvres provenant du musée des Beaux-arts et d’autres prêteurs publics et privés.

L’artiste précoce est rapidement repéré par le poète Max Jacob (portrait ci-contre, 1961), qui lui ouvre les portes des galeries parisiennes, où ses œuvres se retrouvent aux côtés de celles de Derain, Ernst ou Miro. Après la Seconde Guerre mondiale et ses tragédies, notamment l’arrestation et la mort de son ami Max Jacob, Roger Toulouse revient à Orléans. Il délaisse la représentation de personnages réels ou imaginaires (« Le jeune homme au foulard rouge »).

Peinture symboliste dans les années 1950 (« Le lézard et la sole »), formes géométriques en dégradées de camaïeu dans les années 1960 (portrait de Suzy Solidor ci-dessus, 1962), vitrail, céramique et sculpture dans les années 1970, dominante du blanc dans ses tableaux plus arrondis au début des années 1990 (« La guerre du golfe »), puis du noir de fumée à partir de 1993 jusqu’à son décès en 1994 : on le voit, Roger Toulouse a multiplié les expériences artistiques.

Mais l’alternance de formes et de couleurs, l’utilisation même de papier embouti ou de collages ne contredit aucunement la permanence de sa pensée. Il y a au fil des épreuves une quête continue d’équilibre, un regard inquiet sur une humanité violente, la guerre, les armes et les machines (« L’engin volant »). Il partage avec nous ses souvenirs d’arbres déchiquetés par les bombes dans « L’alerte » (ci-dessus), représente parfois des êtres tout en arrêtes et en angles, d’autrefois des paysages urbains où se mêlent la beauté de l’architecture orientale et la brutalité des missiles (« L’avion invisible 2 », ci-dessous, 1990). Ses oeuvres échappent au temps, à tel point d'ailleurs  qu'un cheminement parmi elles autre que chronologique, choix assumé de cette exposition, eut été également appréciable afin de pleinement percevoir les thèmes et les symboles récurrents.

Il s’agit véritablement d’une œuvre novatrice, singulière, signée, selon Abel Moittié, président de l’association, par « un homme d’alerte avant l’heure », qui voit la parcellisation du monde, la pixellisation de la vie, la menace sur l’environnement… Comment cet homme de « Solitude » (ci-contre, 1990), écrasé par un décor indéterminable, survivra t-il au 20e siècle ? C’est un avertissement lancé par un artiste unique : sauvegardons ce qui fait de nous des êtres humains, avant que de nous trouver, comme lui en 1994, face à un noyau de mystère et d’espoir enveloppé par une ombre inquiétante : « Le Hublot », sa dernière œuvre (ci-dessous, 1994).

Roger Toulouse (1918-1994), Une création novatrice inscrite dans son siècle.

Du 17 février au 18 mars à la galerie du théâtre d’Orléans, les soirs de spectacle jusqu’à 23 heures.

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