Laurenzaccio à travers le miroir

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

Dans le cadre de la saison culturelle de Beaugency, les Fous de Bassan ! proposent une version de Laurenzaccio ce vendredi soir, au théâtre du Puits-Manu. Si l’on ne voit que le comédien Philippe Pillavoine sur les planches, dans le rôle de Lorenzo, Lorenzino ou Lorenzaccio, selon le costume qu’il porte au gré des missions qui lui sont confiées par son cousin le Duc Alexandre de Médicis, ils sont deux en réalité, à donner vie à ce personnage créé par George Sand et repris par Alfred de Musset.

C’est la vengeance d’un homme bafoué, en 1536 à Florence, que le metteur en scène Mario Gonzalez, spécialiste du clown et du masque, longtemps associé à Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, nous raconte sous la forme d’un polar renaissance délicieusement décapant. Ces deux hommes de théâtre forment un binôme inséparable : l’un, sous les traits du clown, joue, l’autre guide et oriente, adaptant chaque représentation à la salle et au public, tel un chef d’orchestre : « Je ressens les réactions des spectateurs, je fais des signes à Philippe », explique Mario Gonzalez.

« C’est du spectacle vivant, il n’y a rien de pire que ce qui est figé ! J’ai horreur de la récitation. » C’est lui qui a vu en Philippe Pillavoine « un énorme potentiel » pour tenir ce rôle, et l’a invité à s’imaginer en clown. « C’est le plus petit masque du monde, réagit le metteur en scène : quand vous êtes déguisés vous êtes capables de faire des énormités. On va plus loin dans l’émotion, le clown agrandit tout. Il est capable de raconter une tragédie car Laurenzaccio est une tragédie : il y a du sang du meurtre... »

A l’aise derrière ce masque, l’acteur apprécie de voir « le 4e mur s’effondrer : on emmène le public à la maison », se réjouit-il, dans un spectacle qui incite les spectateurs à interagir. La notion de co-construction marque d’ailleurs tout le projet porté par la compagnie du Bateau ivre, installée à Melun :  une newsletter partage toutes les étapes de la création depuis 2012.

C’est ainsi que Christian sterne a remarqué cette pièce et l’a invitée à s’intégrer à la saison culturelle de Beaugency, axée sur le théâtre de texte contemporain ou du répertoire. L’occasion de vivre un drame, protégé par le rire, de voir en Laurenzaccio, le double sombre du Duc de Médicis, et en Philippe Pillavoine, le double lumineux de Mario Gonzalez.

Vendredi 23 février  à 20h30, au Puis-Manu à Beaugency. À partir de 16 ans. Renseignements au 02 38 44 95 95.

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