Vivez l’époque médiévale à Chécy

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

La fête Johannique médiévale de Chécy aura lieu du 26 au 29 avril prochains. Les Ateliers de Jehanne proposeront une nouvelle fois de plonger dans cette époque reconstituée à travers des spectacles et déambulations, des campements de combattants, un marché artisanal, les ripailles à la taverne, les costumes loués sur place, et, particularité 2018, par les interventions de l’Instrumentarium de Chartres.

André Bonjour s’implique pleinement dans ce projet depuis le départ : dès 1990, cet enseignant et conseiller pédagogique en éducation musicale, passionné par l’histoire et l’histoire de l’art, souhaite développer une classe « patrimoine », autour du thème « Vivre à Chartres au Moyen-âge ». « On est parti à la découverte ! », se souvient-il, à la fois de l’architecture de la cathédrale, inscrite en 1979 par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité, et des textes religieux et historiques, notamment diverses bibles pour vérifier et croiser les informations.

« Pour trouver quelque chose, il faut chercher, s’amuse-t-il : des chevaux, des fleurs, des bijoux, ou des instruments ! » Il réalise une première liste de 300 représentations d’instruments accompagnant les personnages sculptés dans les colonnes des portails, ou autour du chœur, peints sur les murs ou les vitraux. Dans ce « lieu de prière et d’offrandes, mais aussi lieu d’histoire et d’enseignement », il voyage à travers le temps, des statues du 12e siècle aux vitraux du 13e, de la chapelle du 14e au chœur des 16e et 18e siècle, dont les bas-reliefs richement illustrés.

Il apprend à lire la cathédrale comme un livre ouvert : « On a tous les instruments du Moyen-âge, sauf la guiterne (26 au total) : le monocorde, le tintinnabulum – dont la cloche grave annonçait le décès d’un moine -, la vièle en huit – que l’on tenait comme une viole de gambe – et les longiligne ou piriforme – en forme de poire -, le psaltérion – dont l’on frotte les cordes avec deux plumes !-, la flûte traversière, la symphonie, les harpes et la rote, les nacaires en cuivre ou en bois, la cornemuse et la vessie, le hautbois, la trompette, l’orgue portatif, le luth et les tambours…

Cette auto-initiation lui a permis de parfaire sa connaissance pour mieux la partager aujourd’hui : « On parle de savoir-faire avec les musiciens, le mien, c’est de faire savoir ! » L’association Instrumentarium est donc créée en 2007, dans le but de reconstituer les instruments répertoriés et de les faire jouer par un ensemble de quatre professionnels, « en priorité pour les élèves ». Les difficultés sont multiples : comment traduire les proportions réelles à partir de représentations dont les échelles sont parfois surprenantes ? Quelles indications réalistes quant à la manière de tenir un instrument ?

Les facteurs d’instruments ont dû faire preuve de bon sens en plus de leur compétence. Si le fondeur Bollée, installé à Saint-Jean-de-Braye, a ainsi pu réaliser les cloches du tintinnabulum, des pièces uniques, à partir d’un mélange d’étain et de bronze qui s’approche au mieux de sa représentation, il lui fut impossible de la faire sonner en do - ré - mi, mais uniquement en sol – si – ré ! Comment s’assurer des notes produites par des vièles que l’on fabrique désormais en assemblant plusieurs parties, alors, qu’elles étaient autrefois directement creusées dans un morceau de bois ?

Quelles essences de bois choisir justement, quand l’on sait que le chêne ou le noyer utilisé au Moyen-âge étaient très anciens ? Le tilleul remplace donc le vieil aulne et des chevilles en os prennent la place de l’ivoire. Les vessies de porc et de vache ont été créées par un professeur d’histoire d’Angers avec l’aide de son... boucher ! Des cordes en boyaux de moutons torsadés complètent les vièles, et de la peau d’âne les nacaires et les  tambours.

Reste aux trouvères (selon la langue d’oïl, par opposition à la langue d’oc qui préfère le terme troubadour) à mettre ces instruments en musique, pour nous entraîner dans l’univers médiéval, comme le font tous ces personnages figés pour l’éternité dans la cathédrale : l’âne qui vielle à l’extérieur (il joue de la rote, une harpe à double jeu de cordes), le compagnon du berger Joachim, grand-père de Jésus, qui joue de la cornemuse parmi les brebis, une image plus proche de la mythologie grecque que biblique, tout comme ces faunes et autres personnages à fleurs, manipulant leurs flûtes.

« C’est un court d’histoire en 3D », s’exclame André Bonjour, auquel vous êtes donc conviés à l’occasion de la fête médiévale de Chécy, fin avril.

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