La fête des Duits, en toute liberté

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans CULTURE

Passants et artistes, citoyens et créateurs, tous sont appelés à vivre la fête des Duits à Orléans, mi-août, en pensant, en vivant, en prônant la liberté ! « Il faut se libérer d’un carcan, d’une habitude conformiste », affirme l’organisateur, Arnaud Méthivier, dit Nano, qui s’interroge en permanence sur sa propre action, sur son environnement, sur les attentes et les besoins du public.

 

« Le sens de la fête des Duits ? Ce point d’interrogation », répond-il, qui pose une question fondamentale « sur soi, sur notre monde, sur notre société... Organiser cet événement, c’est un acte politique en soi. Je veux lui conserver son autonomie », lance-t-il, son libre arbitre en somme, thème justement retenu pour cette édition.

L’engagement, le désir, la concorde et, donc, le libre arbitre aujourd’hui, autant de valeurs que Nano pose sur la table, à débattre et à discuter « loin des notions de plus-value, de l’argent, de la visibilité ou du mensonge.. » Développer une capacité de libre arbitre, « avant de suivre la masse ou de céder aux lobbies », voilà le cœur de la recherche artistique qui nourrira la fête des Duits 2018.

Faut-il y venir ? Faut-il la soutenir ? « Chacun sera amené à y penser, à se prononcer, à agir ! » Arnaud Méthivier espère ainsi « faire surgir le libre arbitre en chacun de nous, le doute, faire sortir des sentiers battus », et même, toutes proportions gardées, « vivre un burning man Orléanais ! » Tout part donc d’une idée de fond, d’une pensée à exprimer, autour de laquelle les créateurs peuvent inventer. « C’est tout le contraire de l’artifice », clame Nano : « Je veux du sens ! »

Il y un sens, déjà, dans l’animation du patrimoine : qui poserait le pied sur le sable de l’île, sans cette fête qui y invite ? « Je pensais que les créateurs locaux viendraient, s’étonne Arnaud Méthivier, que ça deviendrait une friche culturelle comme il en existe à Marseille, à Nantes ou à Rennes. Mais, non. Les artistes d’ici et d’aujourd’hui s’épanouissent sans se révolter davantage, sans chercher à s’accaparer ou à partager l’espace, sans vouloir transformer le monde. La friche, c’est pourtant le truc de l’artiste… »

Le territoire sauvage à explorer, l’espace libre à s’accaparer, la liberté du créateur… « Doit-il répondre aux commandes ou doit-il être subversif », prêt à renverser la table et l’ordre établi ? Vivons-nous un monde de l’art subventionné ? « Une culture doit être accompagnée, pas guidée, estime Nano. Je pose la question : peut-on être aidé sans le demander ? »

Le créateur de la fête des Duits semble percevoir une « forme de résistance à l’énergie créative », à tous les niveaux : « La société veut-elle vraiment et profondément s’inventer ou se réinventer par elle-même ? La remise en question du modèle est peu féroce : les graffeurs graffent où on leur dit de graffer, les danseurs dansent si on leur demande de danser, les chanteurs chantent quand on leur permet de chanter... »

Pourtant, « dans la culture il est question de bien plus que de culture... » Au-delà de l’appellation, de la terminologie, de l’étiquette qui permet de correspondre à tel classement et à telle ou telle subvention, au-delà de l’aspect festif, de la pompe à bière et de la gastronomie, l’artistique fabrique du lien entre les hommes, les amène à s’interroger sur eux-mêmes et sur les rapports qu’ils entretiennent. Ce n’est pas de la culture, c’est du social, c’est de la solidarité, c’est de l’éducation, c’est de la santé… C’est ce que chacun veut bien y mettre, car c’est avant tout de la liberté.

 

Fête des Duits sur les îles de Loire, à Orléans, épisode 8, du samedi 11 au jeudi 16 août.

Les « rafraîchissements artistiques » proposés par Arnaud Méthivier mettent en scène des créations artistiques pluridisciplinaires, contemporaines et expérimentales, dans un paysage naturel au beau milieu de la ville. Plus de 25 000 personnes ont assisté à l’édition 2017.

 

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