Mobilités douces : concertation exemplaire à Beaugency

Écrit par Olivier Rigaud.

La dernière réunion de concertation autour du projet d’aménagement du réseau de liaisons douces à Beaugency s’est tenue vendredi dernier à la maison des associations. Il s’agissait ce soir-là de finaliser les choix de parcours ainsi que les aménagements envisagés : une trentaine de personnes étaient présentes pour partager leurs idées autour de plusieurs cartes et plans de la cité.

 

C’est dans le cadre de sa politique de développement durable, que la mairie de Beaugency souhaite développer son réseau de liaisons douces, en interconnectant les différents sites de la ville et en créant un maillage cohérent du territoire. Pour associer largement les habitants autour de ce projet, la municipalité a fait appel aux services de l’association balgentienne Kfécicré. La phase de concertation a été lancée début juillet 2017 et doit aboutir, en avril prochain, à la présentation du projet.

Celui-ci s’est nourri de diverses réunions et ateliers, ainsi que d’un test grandeur nature des solutions proposées et d’un questionnaire mis en ligne sur le site de la mairie, permettant à chacun de faire un état des lieux, d’exprimer ses attentes et de faire des propositions. Les services techniques proposeront ensuite des types d’aménagements en fonction des lieux et des contraintes budgétaires.

https://www.beaugency.fr/vie-publique/la-politique-de-la-ville/les-projets/amenagement-dun-reseau-de-liaisons-douces-2/


 

L’objectif de cette concertation est tout aussi important que la méthode utilisée est exemplaire. Fabien Maret, chargé de mission développement à l’agence de tourisme du Loiret, espère ainsi que ces aménagements du territoire « encourageront les cyclotouristes de la Loire à vélo (près de 30 000 sont passés par Beaugency entre mai et septembre 2017 !) à élargir leurs parcours » vers les villes et villages du Val.

Beaugency qui ne manque pas d’atouts s’y prête particulièrement : le charme de la cité, la tour César, le château Dunois, l’abbaye… Mais, « beaucoup de touristes ne quittent pas les quais. Il faut donc penser à connecter les circuits des villages et les pistes de la Loire à vélo. » Dans ce but, les principaux leviers identifiés par le chargé de mission sont la signalétique indiquant les parcours, des relais d’informations services, des indications sur les hébergements comme l’auberge de jeunesse de Vernon…

Des enquêtes réalisées sur des points géographiques clefs de la Loire à vélo font ressortir une réelle satisfaction des usagers vis-à-vis du paysage, de l’infrastructure principale ou du patrimoine, mais aussi certaines faiblesses , notamment le manque de toilettes et de lieux sécurisés pour laisser temporairement les vélos et leurs bagages – le temps d’une pause à Beaugency plage par exemple -, ainsi que des besoins de points de recharge des batteries électriques ou de regonflage des pneus, mais aussi d’outils pour des petites réparations.

Dans cet esprit, une boucle a déjà été créée par la communauté de communes du Val d’Ardoux et rattachée à la Loire à vélo. Des panneaux indiquent ce circuit « entre vignes et vergers » - une raison supplémentaire de soutenir nos viticulteurs et nos maraîchers locaux ne serait-ce que pour préserver le paysage « vendu » aux touristes… - pour sortir de la Loire à vélo vers Mareau-aux-Prés, Mézières-Lez-Cléry et aller jusqu’à la basilique de Cléry-Saint-André. Un exemple à suivre pour la nouvelle communauté de communes des Terres du Val de Loire qui rêve de créer une destination entre Orléans et Blois, et en particulier pour le secteur de Meung-sur-Loire et Beaugency qui ne manque pas d’attraits naturels ou culturels.


 

En attendant que la communauté de communes n’élargisse la réflexion et éventuellement la concertation, Beaugency a donc fait sa part. Pour associer largement les habitants à ce projet, elle a travaillé en partenariat avec l’association balgentienne Kfécicré (pour Café Citoyen Créatif).

Une quinzaine de membres sont réunis autour de Jacques Angot, coach – formateur de son état. Leur objet ? « Aider au dialogue entre les parties prenantes. » Elle a par exemple rédigé et proposé aux candidats des dernières élections municipales de signer un « pacte citoyen ». « La concertation, c’est toujours assez compliqué, sourit Jacques Angot. Nous avons envie que ça se passe bien, quel que soit le sujet. Nous intervenons pour instaurer une neutralité et pour proposer des restitutions valorisantes aux et pour les participants. »

L’association intervient au sein du Pays Loire Beauce pour apporter à la structure son regard, son recul, pour que les débats échappent aux clivages politiques traditionnels et aux oppositions stériles. « Beaucoup de municipalités ne mesurent pas l’impact d’impliquer les citoyens dans une méthode collaborative. De nombreux élus en parlent mais le font peu. »

Mais les citoyens répondent-ils vraiment présents ? « Mobiliser les gens dans un climat électoral, reconnaît le président de Kfécicré, c’est plus facile. On élit des représentants, certes, mais on ne leur donne pas pour autant un blanc-seing. Aux décideurs aussi de revenir vers la concertation, de faire preuve de davantage d’écoute, ne serait-ce que pour prendre la température. »

La réflexion menée à Beaugency autour de la mobilité douce est d’ailleurs née de la prise de parole d’un citoyen lors d’une réunion publique locale. « Impliquer l’usager dans l’analyse, dans la construction d’un projet, reprend Jacques Angot, c’est essentiel. Là, on trouve des utilisateurs, mais aussi des gens de la mairie, de la voirie… L’échange est réel et on espère que ces expériences produisent une contagion positive. »

  • Feuilletez tous nos numéros