Secourir la perdrix grise... pour commencer

Écrit par Olivier Rigaud.

Mercredi 7 mars, sur le terrain privé d’un exploitant agricole, à Ingré, une dizaine d’enfants du centre de loisirs local s’agite entre les pieds métalliques d’un immense poteau électrique. Une trentaine de mètres carrés sont investis : poteaux enfoncés dans le sol ramolli par l’humidité, trous creusés à la pelle, arbustes plantés et protégés par un grillage... Un petit jardin sauvage s’installe au beau milieu de la vaste plaine, au coeur d’un paysage ouvert où le vent règne en maître.

Guidés par le paysagiste de la Luciole, Luc Vancrayelynghe, attaché à la filière « végétal local », les jeunes disposent des épines noires, des cornouillers sanguins, des troènes communs, des églantiers et des fusains d’Europe. Trois haies seront bientôt séparées par un espace naturellement enherbé.

Tous espèrent qu’au fil du temps, la perdrix grise trouvera ici de quoi s’abriter et se nourrir. Cette action s’inscrit en effet dans une série de projets menés par la ville d’Ingré en faveur de la biodiversité, en particulier sur la plaine agricole située à l’ouest de la ville. Quatre pieds seront utilisés dans ce but, avec l’accord des propriétaires et du gestionnaire Réseau de transport électrique (deux de 36 m² et deux de 81 m²).

L’opération présente des avantages pour les agriculteurs, qui n’auront plus besoin de traiter ces espaces inexploitables et pour la petite faune. Les végétaux indigènes sont choisis pour leur fonctionnalité écologique, pour leur floraison correspondant à la période d’activité de pollinisateurs locaux spécifiques comme les faux bourdons par exemple. En constituant des refuges et des sites nourriciers pour les insectes, ils formeront des réserves nourricières indispensables aux poussins de la perdrix grise pendant les trois premières semaines de leur vie.

Entre l’urbanisation et les pesticides pulvérisés dans les champs, l’habitat et les proies de ces oiseaux se sont amplement raréfiés à travers le temps. Patrick Izquierdo, président de la Société de chasse et de protection de la nature communale, explique, pelle à la main, vouloir « jouer le jeu ». Il se souvient avoir compté, en 2006, 100 couples de perdrix grises aux 100 hectares sur le territoire d’Ingré. Depuis ? Une inexorable chute des effectifs. « Aujourd’hui, on ne sait pas vraiment, on parle de trois couples... », souffle-t-il, dépité. Patrick Izquierdo installera prochainement un petit tas de bois à l’écart, afin que les perdrix puissent trouver un refuge en cas d’attaques de rapaces.

Pour Jenny Ollivier, l’adjointe à la jeunesse et à l’éducation populaire, c’est la somme de ces petits gestes qui compte. Elle rappelle que les Ingréens se montrent très attachés à l’environnement : la branche nature du centre de loisirs fait systématiquement le plein, une réflexion est en cours concernant l’éclairage nocturne, des hôtels à insectes apparaissent en ville et des nichoirs dans le bois de Bel-Air... Elle se réjouit de la participation des enfants : « Ils marquent le territoire de leur empreinte ! »

« Ce sont des actions de long terme, pose Mathieu, animateur et éducateur à l’environnement. Nous allons multiplier les îlots au milieu de grandes parcelles agricoles et recréer des zones de vie pour la biodiversité. » Après avoir élargi l’horizon, il nous faut en effet repenser l’espace, notre rapport à la nature, et vite transmettre les outils aux jeunes générations. En cela, cette action aussi modeste qu'ambitieuse, s’avère tout à fait exemplaire.

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