Le Graine Centre - Val de Loire : une forêt de belles initiatives

Écrit par Olivier Rigaud.

Le 24 mars prochain, l’association Graine Centre – Val de Loire révisera son mode de gouvernance à l’occasion de son assemblée générale. En réfléchissant à une organisation plus horizontale que verticale, ce Réseau régional d’éducation à l’environnement veut mettre davantage  en cohérence son fonctionnement et ses actions.

Car quand on s’intéresse à ses buts, les mots clés qui apparaissent sont explicites : partage, coopération, solidarité, engagement citoyen, autonomie, respect des autres et du vivant…

Le Graine cherche en effet à « favoriser l’émergence de citoyens responsables », à « recréer du lien entre l’homme et la nature », et à « faire prendre conscience que la terre est un bien commun ».

Dans ces buts, le réseau pousse à la mutualisation des ressources entre les acteurs concernés ;  forme des bénévoles, professionnels ou salariés ; accompagne les membres du réseau, veut contribuer au débat politique et institutionnel ; et expérimente des pédagogies pratiques et innovantes.

Plus de 150 structures liées à l’éducation à l’environnement adhèrent au Graine ainsi qu’une centaine d’individuels, comme, dans le Loiret, l’Arboretum National des Barres, l’Aselqo et Cigales et Grillons, le Conservatoire d’espaces naturels et Loiret nature environnement, l’Ecocentre et la Maison de la forêt d’Orléans, les Familles rurales et la Fédération des MJC, Hommes et territoires, la mairie de Saint-Ay ou la ville d’Ingré…

On retrouve encore le Graine au soutien d’actions construites par des habitants : formation, formalisation, etc. Exemple, à Mareau-aux-Prés, où un groupe de jeunes – « les Castors Maréprésiens » -, rassemblant écoliers et collégiens, a réalisé des nichoirs à insectes et travaillé sur le recyclage. Certains sont devenus « capitaines » du tri sélectif dans leurs familles, diffusant auprès des adultes leurs réflexes acquis sur la récupération et le détournement d’objets voués à la poubelle.

Cette approche à la fois théorique (journées d’échanges, états des lieux, formations, ressources) et concrète (co-construction de projets citoyens, défis familles alimentation et énergie positive) renforce la présence, même discrète, de ce réseau sur le terrain.

Pourtant, « l’éducation à l’environnement n’était pas très en vogue dans les années 1990 », se souvient Anne Mandion, directrice du Graine. Quelques postes salariés occupés par des objecteurs de conscience ou par des emplois jeunes permettaient d’animer des sorties nocturnes à Chambord, à l’arboretum des Barres de Nogent-sur-Vernisson ou à la Maison de Loire de Jargeau.

Dispatchés entre diverses structures, les acteurs de l’éducation à l’environnement prennent alors conscience de leurs intérêts communs et donnent naissance au Graine Centre en 1997, sous l’impulsion de diverses personnalités, féminines notamment, comme Dominique Gibey, qui travaillait à la Jeunesse et Sports à Orléans ; Edwige Julien, qui était salariée à la Maison de Loire ; Solange Matheron, alors animatrice nature à Chambord ; ou encore l'ancienne directrice de l'association de l’Arboretum des Barres, aujourd’hui gérée par l’ONF, Corinne Vermillard.

La première mission de l’association consiste à référencer les intervenants dans la région pour les amener à se connaître et à se faire connaître, particulièrement à travers des rencontres annuelles. Les prochaines qui auront d’ailleurs lieu en octobre prochain dans le Loir-et-Cher seront articulées autour des jardins (l’alimentation, les arts…).

« L’idée est de permettre à ces éducateurs de partager leurs expériences et de mutualiser les pratiques, de débattre et de construire les animations à proposer », explique la directrice. Des enseignants, des formateurs, des journalistes ou des étudiants suivent avec intérêt ces journées d’échanges et d’élaborations de pédagogies et de projets.

Le Graine propose également des formations sur les pédagogies et contenus scientifiques et techniques, validées par un brevet d’Etat à l’éducation à l’environnement. Des modules courts permettent de choisir un programme à la carte, d’acquérir des compléments de compétences et s’adressent à tous les publics : demandeurs d’emploi, service civique…

Qu’il s’agisse des publics formés ou de ceux qui sont accompagnés, Anne Mandion souhaite toujours « éveiller les consciences, faire émerger de nouveaux modes de pensées et des projets réalistes et faisables… Prendre conscience qu’on a tous un impact. » Autre illustration de cet état d’esprit avec le défi familles alimentation. Ce projet est né lors de journées d’échanges « où l’on a senti chez les animateurs une volonté d’aller en ce sens, sans trop savoir précisément comment ».

L’idée a émergé après avoir essayé et mis en scène l’utilisation de différents outils pédagogiques, comme les photos langages. Le résultat, c’est un jeu d’images (« Au rythme des saisons »), qui provoque les réactions les participants autour des aliments, de la nourriture, de nos habitudes et de nos différences : des visuels de fruits, de légumes, d’animaux à viande, le tout à replacer dans les bonnes saisons, des poissons comme on ne les devine plus (à quoi ressemble donc un cabillaud, si ce n’est à un filet de chair blanche ?)…

Ce défi a rassemblé en 2018 139 familles, réparties en divers groupes : trois à Tours, un en Brenne, un à Bourges-Vierzon, un dans la Beauce du Loir-et-Cher, un à Lamotte-Beuvron et un autre à Orléans. 200 familles devraient être concernées à partir de septembre prochain, et un nouveau groupe devrait apparaître à Gien.

Autre projet exemplaire conçu à la demande du Pays Grande Sologne : la constitution d’un ensemble site Internet et kit pédagogique pour aller « à la découverte de la Sologne » : que faire à côté de chez soi, quels sentiers arpenter, quelles espèces et quels milieux découvrir ?

Plusieurs malles ont ainsi été réalisées et mises à la disposition des éducateurs ou des enseignants : des cartes des milieux naturels où disposer des pions représentant la faune et la flore, des fiches, des moyens et conseils d’observation… « Il faut savoir regarder un oiseau, pas seulement connaître son espèce, mais comprendre ce qu’il mange, son espace de vie ». C’est ainsi que le Graine sème une multitude de petites idées, autant d’arbustes qui se renforcent avec le temps et finissent par créer une vaste forêt de vertus.

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