Des moutons et des hommes en zone urbaine

Écrit par Olivier Rigaud.

Voilà une petite semaine que les riverains et les clients du magasin Botanic, à Orléans, aperçoivent dix moutons paître dans le bassin d’assainissement de la fosse Bénate. Cette opération de pâturage vise d’une part à entretenir cet espace tout en préservant la biodiversité et d’autre part à ouvrir une zone urbanisée à la nature. Aux cinq brebis et cinq agneaux installés ici par l’association la Moutonte de maintenir relativement propre cette friche de 12 000 m².

La réflexion a suivi les inondations de mai 2016, pour compléter différent aménagements mis en place, comme la reprise du grillage, la réhabilitation du caniveau béton pour canaliser l’eau en fond d’ouvrage ou la création de surverses. Les riverains avaient alors particulièrement souffert des débordements causés notamment par les amas de déchets verts et branches mortes qui ne permettaient pas aux eaux de s’écouler normalement.

Un problème que l’éco-pâturage devrait désormais réguler idéalement, les ovins se nourrissant du gazon, des pousses, des ronces, des feuilles, autant d’éléments qu’il fallait auparavant tondre ou tailler. Grâce à ces animaux, finies, les nuisances sonores, terminés, les traitements chimiques, réduite, la consommation d’essence des engins mécaniques ! De plus, les déjections des moutons créent un engrais naturel et leur piétinement enracine davantage l’herbe.

Bref, c’est un cercle d’autant plus vertueux que la présence de tels troupeaux favorise la rencontre et les échanges entre les passants, souvent curieux de cette expérience présentée sur des panneaux d’informations. Chacun découvre ainsi l’utilité de telles démarches écologiques, l’existence de l’association la Moutonte, les races sélectionnées... Ici, les Solognotes et les Suffolk, à la laine blanche et à la tête noire ou rousse, se côtoient en toute sérénité. Elles font preuve d’une grande capacité d’adaptation et de croissance, pesant jusqu’à 70 kg, et même 90 kg pour les mâles.

Plus au sud, entre Olivet et Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, d’autres moutons de cette association, d’Ouessant cette fois, plus petits, entretiennent déjà le bassin d’assainissement de la rue du Boyau. On trouve également des troupeaux à Semoy, à Saint-Denis-de-l’Hôtel où tout a commencé en 2015 en bord de Loire (les ronces ont disparu des pentes trop raides pour les hommes). La majorité du cheptel se trouve au CNRS, où 150 à 200 têtes doivent entretenir une trentaine d’hectares. C’est aussi le site d’hivernage.

Très prochainement, les Orléanais pourront voir des moutons encore plus proches d’eux puisque l’association devrait s’occuper des quais Saint-Laurent et Madeleine, entre les ponts Joffre et Europe. Ces opérations expérimentales sont porteuses de multiples promesses et, c’est le propre des bonnes idées, ouvrent des perspectives inattendues : des demandes existent déjà pour la viande. Mais ne serait-il pas possible d’inventer un fromage de brebis made in Loire ou made in Orléans ? La laine ne pourrait-elle pas servir en tant que matière isolante au même titre que la paille ou le chanvre ?

Quand la nature retrouve sa place plus près des hommes, ils voient mieux tout ce qu’elle peut nous offrir.

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