Un laboratoire régional des initiatives locales - Triple révolution anti-fracture

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans SOCIETE

Martin Vanier, géographe, professeur à l’École d’Urbanisme de Paris, consultant auprès des collectivités locales, est ensuite venu évoquer le concept d’anti-fracture, donnant « une lecture des territoires pour vivre ensemble ». Son intervention précise et lucide fut pleinement appréciée : « La réciprocité, c’est l’activation des complémentarités », a-t’il d’abord expliqué, avant d’annoncer une « triple révolution, ou transition, pour être plus rassurant ».

Il a dans un premier temps mis en exergue « la relation entre les différences ». Nous sommes passés d’après lui de l’assimilation (pour les langues régionales par exemple) à la double et vaine « promesse de décentralisation », porteuse de conflits en multipliant les strates qui attendant chacune leur dû, et de « l’insaisissable égalité des territoires ». Dans un rapport de 1 à 1000 habitants au km² entre territoires ruraux et urbains, « comment fait-on société ? Que faire de ces différences ? Soit on se raidit, soit on active les complémentarités. »

Deuxième révolution analysée par le géographe, « le partage des ressources : l’eau, la biomasse, le patrimoine, la main d’œuvre… Comment un gisement » - un stock de logements, un équipement sportif ou culturel - peut-il être géré « au-delà d’un rapport souverain et d’exclusivité ? C’est un bien commun... mais c’est à moi ! » Pour Martin Vanier, activer les complémentarités « consiste à faire de ces ressources un argument de négociation, pour pouvoir en tirer autre chose, pour combiner. »

Enfin, note-t-il, « le champ de l’action publique » est profondément modifié : « Personne n’a le monopole du bonheur du tous. Il est le résultat de l’action de nombreux acteurs privés… » Mais il prévient déjà que « cette bienveillance lénifiante devra faire ses preuves. Une bataille s’engage car ce qu’on aime faire dans ce pays, dans les médias ou la politique, c’est plutôt de parler de la fracture. Il y a des intérêts à vivre sur ce type de récit, à prendre la posture de l’indigné ».

L’heure est peut-être venue de se « redigner », demande Marc Vanier, posant la haute ambition d’Oxygène, de « s’exiger à la hauteur de ce monde de réseau pour organiser cette triple révolution ».

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